Remplaçant en école primaire : préparer un remplacement quand rien n’est prêt
La première heure dans une école inconnue, la journée à tenir sans préparation, la classe à reprendre pour trois semaines, et ce que l’administration vous doit en retour. Un guide écrit pour les brigades, les ZIL et tous ceux qui changent d’école le lundi.
Article rédigé avec l'IA et édité par Fiche Séquence · Publié le 18 octobre 2026 · 11 min de lecture · Titulaires remplaçants, PS au CM2
Le téléphone sonne à 7 h 40. Une classe de CE2 à vingt minutes de route, la titulaire est souffrante, les élèves arrivent à 8 h 30. Personne ne sait si elle a laissé quelque chose. Voilà le métier de remplaçant tel qu’il se vit, et il ne ressemble à aucun autre poste de l’école : on y change d’élèves, de niveau, de collègues et parfois de cycle d’une semaine à l’autre, sans jamais avoir eu le temps de préparer. Ce guide s’adresse à ceux qui le découvrent et à ceux qui le pratiquent depuis longtemps mais n’ont jamais trouvé le temps de se faire une méthode. Il ne parle pas de pédagogie en général ; il parle de ce qu’on fait, dans l’ordre, quand on pousse la porte d’une école qu’on ne connaît pas.
Brigade, ZIL, titulaire remplaçant : de quoi parle-t-on
Dans les salles des maîtres, on dit encore « la brigade » pour les remplacements longs à l’échelle du département et « le ZIL » pour les remplacements courts dans la circonscription. Ces deux mots viennent d’une organisation que la circulaire n° 2017-050 du 15 mars 2017 a officiellement abandonnée. Depuis, tous les remplaçants sont des titulaires remplaçants, affectés à une zone de remplacement et rattachés administrativement à une école, dite école de rattachement. C’est le directeur académique qui découpe les zones et c’est la circonscription qui, au quotidien, vous appelle.
Ce changement n’est pas qu’une affaire de vocabulaire. L’école de rattachement est le point de départ de deux droits que nous verrons plus bas : l’indemnité de remplacement, qui n’est due que lorsqu’on en sort, et les 108 heures, dont la répartition dépend de l’IEN de cette école. Elle est aussi, en principe, l’endroit où vous enseignez quand aucun remplacement n’est à pourvoir.
Dans les faits, trois situations reviennent sans cesse, et elles n’appellent pas la même préparation :
- Le remplacement du jour, appris le matin même, pour un ou deux jours. L’enjeu est de tenir une journée correcte, pas de faire avancer le programme.
- Le remplacement prévu, de quelques jours à quelques semaines : stage, formation, congé annoncé. Le titulaire a eu le temps de laisser quelque chose, encore faut-il le trouver et le lire.
- Le remplacement long, souvent un congé maternité ou un arrêt de plusieurs mois, parfois dès la rentrée. Là, vous tenez la classe pour de bon : progression, évaluations, bulletins, parents.
La première heure dans l’école
Quelle que soit la situation, la première heure se passe de la même façon, et elle décide de la journée. L’ordre ci-dessous est celui que les remplaçants expérimentés finissent tous par adopter, parce qu’il évite les deux mauvaises surprises classiques : l’élève allergique découvert à la cantine et le créneau de piscine découvert devant le car.
- Le directeur ou la directrice d’abord. Avant même d’entrer dans la classe. C’est la seule personne qui sait tout : les élèves à protocole, les horaires exacts, les services de récréation, l’intervenant de musique du jeudi, les parents à ménager. Cinq minutes avec elle valent une heure de fouille dans les tiroirs.
- Les PAI, PPS, PAP et PPRE. Demandez où sont rangés les protocoles d’accueil et les médicaments, et quels élèves sont concernés. Un PAI pour allergie alimentaire ou pour asthme n’attend pas la deuxième récréation. Notez les noms sur votre fiche d’école avant que les élèves n’arrivent.
- L’emploi du temps de la classe. Il est en général affiché près du bureau. Il vous dit à quelle heure la classe sort en récréation, quand elle a sport, et surtout quels créneaux sont imposés de l’extérieur : salle informatique, bibliothèque, décloisonnement, piscine. Ceux-là ne se déplacent pas.
- Le cahier journal et la progression du titulaire. S’ils existent, tout est là : où en est la classe en lecture, quelle méthode de mathématiques, quel chapitre de géographie. Un cahier journal tenu à jour vous donne la journée toute faite ; une progression affichée vous dit au moins dans quelle période vous êtes.
- Le registre d’appel, les cahiers des élèves, les affichages. Le registre parce qu’il est obligatoire et que vous en êtes responsable ce jour-là. Les cahiers parce qu’ils montrent, mieux que toute programmation, ce que les élèves savent faire. Les affichages parce que ce sont les règles de vie, les rituels, les mots de la semaine : ce que la classe attend de vous sans le dire.
Quand rien n’est prêt : tenir la journée, préparer la suite
Cela arrive plus souvent qu’on ne l’admet : pas de cahier journal, un emploi du temps de septembre que personne ne suit, des fichiers à moitié remplis sans qu’on sache où la classe s’est arrêtée. Il faut alors distinguer deux temps. La journée qui commence dans vingt minutes, qu’on tient avec des activités qui marchent partout. Et les journées suivantes, qui méritent une vraie préparation, faite le soir même.
Tenir la journée
Une journée de secours n’a pas besoin d’être brillante, elle doit être calme et pleine. Quelques valeurs sûres, du CP au CM2, qui ne demandent ni matériel ni connaissance de la classe :
- Un temps d’écrit court pour commencer : la date, une phrase du jour à copier et à corriger, une dictée de mots pris dans le cahier de la classe. Les élèves s’installent, vous prenez la température.
- Du calcul mental, à l’ardoise ou sur feuille, en partant de ce que montre le cahier de mathématiques : compléments à 10 au CP, tables au CE2, fractions simples au CM. Dix minutes, et vous savez où en est la classe.
- Une lecture offerte, puis un travail dessus : raconter la suite, dessiner la scène, relever les mots inconnus. Un album ou un chapitre pris dans la bibliothèque de classe fait l’affaire. Les remplaçants aguerris gardent deux ou trois livres dans leur sac pour ne pas dépendre de ce qu’ils trouvent.
- Une production d’écrit guidée l’après-midi : un portrait, une lettre, la suite d’une histoire, avec une consigne précise et une longueur imposée.
- Un temps d’arts ou de jeux collectifs en fin de journée, quand l’attention baisse et que la vôtre aussi.
Ce que vous faites ce jour-là, notez-le. Pas pour l’inspection, pour vous : le lendemain, ou dans trois semaines dans la même classe, vous ne recommencerez pas la même dictée.
Préparer les journées suivantes
Le soir du premier jour, vous savez l’essentiel : le niveau, les domaines où la classe est en chantier, la notion à laquelle le titulaire s’est arrêté, parfois le manuel. C’est très exactement ce qu’il faut pour construire une séquence, et c’est le moment où un remplaçant perd ses soirées à recommencer ce que des collègues ont déjà écrit mille fois.
Le générateur de Fiche Séquence a été fait pour ce moment-là. Vous indiquez le niveau, le domaine et la notion, par exemple « CE2, grammaire, le sujet du verbe », et il écrit une séquence complète : les objectifs tirés des programmes en vigueur, les séances dans l’ordre, chacune avec sa durée, son déroulement et son matériel. Ce n’est pas une fiche à adapter pendant une heure, c’est une séquence prête à être donnée le lendemain, que vous pouvez exporter en Word pour y mettre votre main. Trois générations sont offertes sans carte bancaire, de quoi couvrir un premier remplacement ; au-delà, l’abonnement est mensuel et se résilie en un clic, ce qui, pour un métier où l’on ne sait jamais de quoi la semaine prochaine sera faite, compte.
Deux conseils d’usage. Partez de la notion où la classe en est, pas de celle où le programme dit qu’elle devrait être : un remplaçant qui saute une étape perd la classe en deux jours. Et gardez les séances courtes les premiers jours : vous ne connaissez pas encore le rythme de ces élèves-là.

« Je suis remplaçant : je change d'école et de niveau d'une semaine à l'autre. Quand rien n'est prêt, Fiche Séquence me sort des séquences et des séances en quelques minutes, un suivi propre, et mes appréciations de bulletin. Le suivi ISSR, lui, me rend la soirée que je passais à recompter mes kilomètres. »
Reprendre une classe pour plusieurs semaines
Un remplacement long change la nature du travail. Vous n’êtes plus de passage, vous êtes le maître ou la maîtresse de cette classe jusqu’à nouvel ordre, avec tout ce que cela suppose de suivi. Trois règles tiennent lieu de méthode.
On suit la progression du titulaire, on ne la refait pas
C’est la première erreur du remplaçant consciencieux : réécrire une programmation annuelle pour une classe qui en a déjà une. La progression du titulaire existe presque toujours, dans un classeur, sur le mur, dans son cahier journal ou sur une clé laissée au directeur. Prenez-la telle quelle. Votre travail n’est pas de décider ce que la classe apprend cette période, mais de préparer, séance après séance, ce qui est déjà prévu. C’est là que le temps part : dans les séquences, pas dans la programmation.
On tient un cahier journal, même sommaire
Aucun texte ne l’impose, mais sur un remplacement long il devient indispensable, pour deux raisons. Le titulaire doit pouvoir reprendre sa classe en sachant ce qui a été fait, séance par séance. Et vous-même, à la troisième semaine, ne vous souviendrez plus de ce qui a été vu la première. Un cahier journal d’une ligne par créneau suffit ; sur plusieurs semaines, le cahier journal en ligne de Fiche Séquence fait gagner du temps parce qu’il part de l’emploi du temps de la classe et que les séquences générées s’y rangent directement.
On prévient les parents, on évalue, on transmet
Un mot dans le cahier de liaison dès le premier jour, signé de votre nom et visé par le directeur, règle la plupart des inquiétudes. Si le remplacement couvre une fin de période, les évaluations et les bulletins vous reviennent : demandez au directeur ce qui est attendu et dans quel outil, le LSU n’attend pas le retour du titulaire. Enfin, le dernier jour, laissez un compte rendu d’une page sur le bureau : où en est chaque domaine, quels élèves surveiller, ce que vous n’avez pas eu le temps de faire. Personne ne vous le demandera, et tout le monde vous en saura gré.
ISSR, 108 heures, frais : ce qui vous est dû
L’indemnité de sujétions spéciales de remplacement
L’ISSR est l’indemnité journalière que touche un titulaire remplaçant pour chaque jour de remplacement effectué hors de son école de rattachement, y compris dans la même commune. Elle est prévue par le décret n° 89-825 du 9 novembre 1989 et son montant dépend de la distance entre l’école de rattachement et l’école du remplacement, par tranches kilométriques, pas au kilomètre. Deux cas ne l’ouvrent pas : les jours passés dans l’école de rattachement, et le remplacement continu d’un même enseignant pour toute l’année scolaire lorsqu’il commence dès la rentrée. Le même remplacement à l’année qui commence après la rentrée, lui, y donne droit ; s’il est prolongé par arrêtés successifs, seule la dernière prolongation, celle qui court jusqu’à la fin de l’année, cesse d’ouvrir droit à l’indemnité.
Les montants sont revalorisés par arrêté. Pour les déplacements du 1er juin au 31 décembre 2026, ils sont majorés d’environ 3 %, une mesure temporaire présentée comme une réponse à la hausse des coûts de déplacement : 16,45 € par jour à moins de 10 km, 44,26 € entre 50 et 59 km, 50,82 € entre 60 et 80 km, puis 7,57 € de plus par tranche de 20 km. Le calculateur ISSR de Fiche Séquence applique le barème en vigueur à la date de chaque journée et vous donne le total attendu, mission par mission, à comparer à la ligne de votre bulletin de paie ; c’est précisément ce qui évite de recompter ses kilomètres le soir.
Les 108 heures
Être remplaçant ne dispense pas des 108 heures annuelles. Le décret ne prévoit pour les fonctions de remplacement que des règles sur le service d’enseignement, pas d’exemption. Elles se font sous la responsabilité de l’IEN de la circonscription, selon les projets des écoles où vous remplacez : en pratique, les animations pédagogiques de la circonscription, les conseils de l’école de rattachement, et, sur les remplacements longs, les APC et les réunions de la classe remplacée. C’est à lui que vous adressez le décompte, à intervalles réguliers. Tenez-le avec le nom de l’école pour chaque entrée. Le guide des 108 heures détaille le texte et la méthode.
Le compte rendu de remplacement
Certaines circonscriptions demandent, à la fin de chaque mission, un compte rendu de remplacement sur un formulaire à elles. Aucun texte national ne l’impose, mais c’est une habitude utile : elle laisse une trace de ce que vous avez fait, et c’est souvent elle qui fait foi en cas de désaccord sur les dates, donc sur l’ISSR. Si votre circonscription ne demande rien, la page de compte rendu du modèle de cahier journal, laissée au titulaire, joue le même rôle.
Questions fréquentes
Brigade et ZIL, ça existe encore ?
Dans l’organisation, non : depuis la circulaire du 15 mars 2017, les zones de remplacement ne sont plus distinguées selon la durée des absences, et tous les remplaçants sont des titulaires remplaçants affectés à une zone et rattachés à une école. Les deux mots subsistent pourtant, dans le décret de 1989 sur l’ISSR comme dans les mouvements départementaux, où ils désignent encore par habitude les remplacements longs et les remplacements courts. Ce qui compte pour vos droits, c’est l’école de rattachement et la zone, pas l’étiquette.
Ai-je droit à l’ISSR pour un remplacement dans ma commune de rattachement ?
Oui, dès que l’école du remplacement n’est pas votre école de rattachement, même si elle est dans la même commune. C’est la tranche la plus basse du barème, celle des moins de 10 km, mais elle est due. Seuls les jours effectués dans l’école de rattachement elle-même n’ouvrent pas droit à l’indemnité.
Dois-je tenir un cahier journal en tant que remplaçant ?
Aucun texte ne l’impose, ni aux titulaires ni aux remplaçants. En revanche, un inspecteur qui vient vous voir sur un remplacement long s’attendra à en trouver un, et le titulaire qui revient aussi. Sur un remplacement d’un ou deux jours, une demi-page suffit ; sur plusieurs semaines, tenez-le au jour le jour, c’est votre mémoire et votre protection.
Que faire si le titulaire n’a rien laissé et que je ne connais pas le niveau ?
Regardez les cahiers des élèves, pas les manuels : la dernière page écrite dit exactement où la classe en est, dans chaque domaine. Tenez la première journée avec des activités de secours, puis préparez le soir une séquence sur la notion où le cahier s’arrête. Le lendemain, vous enseignez, vous ne survivez plus.
Un remplaçant contractuel ou stagiaire touche-t-il l’ISSR ?
Le décret de 1989 vise les personnels titulaires et stagiaires nommés pour assurer des remplacements. Les contractuels n’en relèvent pas et sont en principe indemnisés de leurs déplacements selon le droit commun des frais de mission, ce qui est souvent moins favorable. En cas de doute sur votre situation, la division des personnels enseignants de votre DSDEN est la seule à pouvoir répondre pour votre contrat.
Sources
- circulaire n° 2017-050 du 15 mars 2017 relative à l’amélioration du dispositif de remplacement (BO n° 11 du 16 mars 2017), et son annexe 2 sur l’organisation du remplacement dans le premier degré — zones de remplacement, école de rattachement.
- décret n° 89-825 du 9 novembre 1989 — l’indemnité de sujétions spéciales de remplacement : bénéficiaires (article 1er), école de rattachement et remplacement continu à l’année (article 2), tranches kilométriques (article 3), non-cumul avec les frais de déplacement (article 5). Son caractère journalier est rappelé dans une réponse ministérielle au Sénat de 2008.
- arrêté du 26 juin 2026 — majoration temporaire des montants de l’ISSR pour les déplacements du 1er juin au 31 décembre 2026.
- décret n° 2008-775 du 30 juillet 2008 modifié — obligations de service, article 3-2 sur les fonctions de remplacement.
- guide du remplacement dans le premier degré de SUD éducation — l’organisation concrète dans les départements, vue du côté syndical.
Pour aller plus loin
Articles connexes : Le cahier journal du remplaçant, avec le modèle à télécharger ; le calculateur ISSR, pour vérifier votre indemnité mission par mission ; Les 108 heures des professeurs des écoles ; Séance ou séquence, la différence, pour ceux qui reprennent une classe en cours de route.